Les plus belles remontées en course de l’histoire

Les nombreuses pénalités sont régulièrement sous le feu des critiques ces dernières années, mais elles pourraient aussi être à l’origine de courses fantastiques si un leader du championnat devait partir en fond de grille. Retour sur quelques-unes des plus belles remontées de grands champions partis à l’arrière du peloton.

1. La remontée folle de Senna à Suzuka

Lors de la 15ème et avant-dernière course de la saison 1988, Ayrton Senna pouvait remporter le championnat quel que soit le résultat de son coéquipier Alain Prost. Le scénario était parfait pour Senna. Il lui suffisait de faire ce pour quoi il semblait être né : partir en pole, être plus rapide que tous les autres et gagner. Et tout avait bien commencé pour Senna qui avait signé la pole, trois dixièmes devant son équipier chez McLaren.

Mais rien ne s’est passé comme prévu au départ. Senna voit Prost s’envoler devant Gerhard Berger et Ivan Capelli, mais lui reste bloqué sur la grille. Senna a calé et doit alors se mettre au point mort en attendant que le moteur Honda de sa MP4/13 redémarre. Mais dans son malheur, Senna peut se réjouir que Suzuka soit alors le seul circuit qui ait une grille de départ en pente, ce qui lui permet de redémarrer sa voiture facilement et de se retrouver « seulement » quatorzième.

Prost s’envole au départ – Senna reste planté sur la grille

Senna déclara : « C’était le départ le plus important de l’année, et je l’ai raté. Quand j’ai relâché l’embrayage, le moteur a callé, puis quand je pensais que je pouvais repartir, il a callé à nouveau. Je savais que j’allais devoir conduire aussi vite que je le pouvais, mais qu’il serait impossible de rattraper Alain. »

Malgré ses déboires de début de courses, Senna est déjà 8ème au second tour, puis double Riccardo Patrese, Thierry Boutsen, Alessandro Nannini et Michele Alboreto pour se retrouver 4ème au quatrième tour. Senna a gagné 10 places en 4 tours !

Au tour 14, la pluie fit son apparition sur certaines zones du circuit, donnant un net avantage à Senna qui était particulièrement habile sur une piste humide. Capelli, alors deuxième de la course, a saisi une chance historique lors du tour suivant en prenant la tête de la course. C’était la première fois qu’une voiture non-turbo était en tête d’un Grand Prix depuis plus de quatre ans. Mais la gloire fut éphémère puisque quelques centaines de mètres plus loin, la puissance supplémentaire du moteur turbo Honda permis à Prost de retrouver la tête de la course.

Senna double Prost

Alain Prost était en effet un adversaire puissant et redoutable. Il avait remporté deux des trois précédents Championnats du Monde et était à cette époque le pilote qui avait gagné plus Grands Prix que quiconque dans l’histoire de la Formule 1. Pourtant, douze tours plus tard, Senna était à moins de 2 secondes de Prost. Au tour 27, le duo a tenté de double les retardataires Andrea de Cesaris, Satoru Nakajima et Maurício Gugelmin. Senna a réussi à se frayer un chemin à travers toutes ces voitures, quand Prost était bloqué plusieurs virages derrière l’Italien, plus concentré sur sa propre course que sur les drapeaux bleus.

James Hunt, alors commentateur pour la BBC, s’est emporté contre le comportement de De Cesaris qu’il décrit comme une « honte » pour le sport. Senna alors en tête enchaina les tours rapides, battant le record de la piste tour après tour. Sa victoire à Suzuka, la 8e de l’année pour Senna, bat le record de victoires en une saison alors détenue par Jim Clark et Prost. Ayrton a marqué les esprits avec cette performance formidable et stupéfiante. Il a remporté le championnat de la meilleure façon possible, en battant un des meilleurs pilotes au monde malgré son départ raté.

Senna en pleurt après son premier titre

Après sa victoire à Estoril en 1985, Senna a été surnommé « Magic Senna », et sa performance au Grand Prix du Japon 1988, a prouvé à quel point ce surnom était mérité.

2. Le maitre de Monza

Le Grand Prix d’Italie à Monza en 1967 est considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux Grand Prix de l’histoire de la F1. Ce fut aussi certainement la plus belle expression du talent de Jim Clark. L’ironie est que Jim Clark n’est pas le vainqueur de la course !

Clark part en pole au volant de sa Lotus, mais se fait doubler par Jack Brabham après le drapeau vert. Clark repris la tête de la course au troisième tour et augmenta son avance grâce à son pilotage si particulier qui convenait à la Lotus. Mais tout s’effondra au 14ème tour.

Départ Monza 1967

Un des pneus de Clark a une entaille et doit être changé. Il perd un tour complet le temps de changer sa roue et se retrouve à la 15ème place, à un tour des leaders… Clark reprend alors son effort et enchaine les records du tour, jusqu’à battre son propre temps de qualification ! Clark pousse sa Lotus 49/3 dans ses retranchements jusqu’à dépasser Surtees pour la troisième place. Hill abandonne au 59ème tour, suite à la casse de son V8 Ford-Cosworth, laissant la deuxième place à Clark. Il continue son effort jusqu’à rattraper et dépasser Brabham. Clark a donc réussi à remonter tous ses adversaires et est alors en tête du Grand Prix d’Italie.

Clark double Damon Hill

Si tout parait gagné pour Clark, son patron Colin Chapman croise les doigts. En effet, deux moteurs Ford-Cosworth ont cassé lors de ce Grand Prix et Clark a fortement puisé dans les réserves de son moteur pour faire sa remontée.
Dans le dernier tour, les trois voitures de Clark, Brabham et Surtees entrent dans l’impressionnant virage Curva Grande une derrière l’autre quand soudain le moteur de Clark s’arrête. Clark avait trop attaqué et n’avait plus d’essence pour parcourir les derniers mètres.

Clark au volant de sa Lotus

Une fois la colère retombée et la voiture analysée, les mécaniciens Lotus ont constaté qu’il restait encore 11 litres d’essence dans le réservoir. Mais la pompe à essence, mal installée, n’atteignait pas le fond du réservoir…
Surtees a gagné la course qui se révèle être la première et la dernière victoire de Honda avec le moteur 3,0 litres utilisé en F1 depuis 1966.

Grace à son élan, Jim Clark réussi à passer la ligne au ralenti mais il lui aura manqué quelques gouttes d’essence pour qu’il signe la plus belle victoire de sa carrière.

3. Schumacher au sommet de son art

Le talent de Michael Schumacher ne peut pas être mieux illustré que par sa performance lors du Grand Prix de Belgique de 1995. Schumacher et Damon Hill sont tous deux qualifiés loin sur la grille (16 et 8, respectivement) à cause d’une séance de qualification humide, ce qui donne une première ligne 100% Ferrari avec Gerhard Berger et Jean Alesi aux commandes.

Alesi et Johnny Herbert ont chacun mené la course dans un duel passionnant mais Alesi est tombé en panne et Herbert n’a pas tenu le rythme une fois que la piste était sèche, laissant David Coulthard se battre pour la tête de la course.

Pendant ce temps, Schumacher avait déjà remonté à la 10ème place. Au 6ème tour, Coulthard était en tête devant Hill et Berger, Schumacher étant 5ème à 12 secondes. Au 15ème tour, Coulthard cassa sa boite de vitesse alors que Berger et Hill rentraient au stand à cause de la pluie, ce qui permis à Schumacher de se retrouver en tête du grand prix. Schumacher décida de rester en pneu sec, alors que la pluie s’intensifiait.

Schumacher sous la pluie de Spa

Le pilote Williams rattrape Schumacher à raison de 6 secondes au tour, mais Schumacher arrive à rester devant grâce à un pilotage dont il est le seul à avoir le secret. La piste étant très humide, Schumacher a des difficultés à contenir Hill au freinage, et fut contraint de le laisser passer lorsqu’il sorti des limites de la piste.

Lutte entre Schumacher et Hill

Mais Schumacher resta en pneus sec, convaincu que son choix était le meilleur. Et il avait raison. Après quelques tours, le soleil fit son retour et Schumacher était le plus rapide en piste, ce qui lui permis de passer Hill. La piste sécha si vite, que Hill fut contraint de faire un nouvel arrêt pour chausser à nouveau des pneus secs.

Schumacher signa alors sa 16ème victoire en course, la 6ème de la saison mais fut marquée par une controverse alimentée par Hill qui décriait le pilotage très agressif de Schumacher pour défendre sa position.

Podium de Spa : Schumacher exulte, Hill déprime

Cette course restera une des plus belles performances de Schumacher qui dompta le circuit détrempé de Spa en gardant des pneus slicks.

4. Le chef d’œuvre de Kimi

Le Grand Prix du Japon 2005 a encore une fois démontré que les conditions humides révèlent les plus grands talents. Beaucoup de fans s’attendaient à une course ennuyeuse et processionnelle après que Fernando Alonso ait remporté le championnat deux semaine plus tôt. Mais la qualification sous une pluie torrentielle laissa Ralf Schumacher en pole position, et les deux McLaren de Kimi Raikkonen et Juan Pablo Montoya 17ème et 18ème.

Le départ fut chaotique. Alonso réussi à s’extirper de sa 16ème place pour se retrouver 8ème à la fin du premier tour. Une certaine incompréhension se produit à la chicane dans le peloton et Raikkonen fut forcé de couper la chicane. Dans la courbe avant la ligne droite Montoya tente de déborder Villeneuve par l’extérieur, mais il part en vrille et heurte violemment le mur des pneus.

Montoya dans le mur

La voiture de sécurité apparait en piste pour évacuer la McLaren de Montoya. Les monoplaces se rangent derrière le Saftey Car. R. Schumacher mène devant Fisichella, Button, Coulthard, Webber, Klien, M. Schumacher, Alonso, Villeneuve et Pizzonia. Raïkkönen est douzième.

Commence alors la salve des ravitaillements. En retardant leurs arrêts et grâce à une piste libre, les pilotes rapides partis en fond de grille remontent au classement. Schumacher et Raikkonen rentrent ensemble aux stands. Ils repartent cinquième et sixième. Fisichella reprend la tête devant Ralf Schumacher. A la mi-course, après la salve des ravitaillements, Fisichella semble le mieux placé pour remporter la course. Il compte en effet une vingtaine de secondes d’avance sur le groupe composé de Button, Webber et Raïkkönen.

Mais après son arrêt, Fisichella repart derrière Raikkonen et suite aux arrêts de Webber et Button, Raikkonen a piste libre pour attaquer. Fisichella n’arrive pas à tenir le rythme de Raikkonen qu’il voit s’enfuir.

Kimi enchaine les tours rapides

Mais Raikkonen n’a que 8 secondes d’avance, ce qui n’est pas suffisant puisqu’il doit s’arrêter encore une fois.
C’était sans compter sur la vitesse du Finlandais. Il est encore plus rapide après son arrêt au stand, alors que Fisichella n’arrivait pas à hausser le rythme. Kimi fini par dépasser Fisichella dans le dernier tour malgré la défense de l’italien.

Victoire de Kimi

Kimi Raikkonen remporte ainsi sa septième victoire en 2005, peut-être la plus belle de sa carrière. Parti seulement dix-septième, il gagne grâce à un superbe dépassement réalisé dans le dernier tour et grâce à un rythme que personne n’a réussi à égaler.

5. Button : dernier à premier en 30 tours

Le Grand Prix du Canada de 2011 couru sur le circuit Gilles Villeneuve en juin 2011, fut le plus long Grand Prix de l’histoire de la F1 puisqu’il dura plus de quatre heures après que la course ait été retardée en raison des pluies torrentielles, et avec un record de cinq déploiements voiture de sécurité.

Ce Grand Prix a aussi été la récompense de l’acharnement d’un pilote, Jenson Button, qui n’a rien lâché durant toute la course.
Les 24 voitures s’élancent derrière la voiture de sécurité car la piste est très humide. Button, parti 7ème, double Hamilton qui s’est loupé à l’épingle et se retrouve 6ème. Mais Hamilton ne veut pas en rester là et attaque Button dans la ligne droite des stands. Button ne le voit pas et les deux McLaren se touchent, Hamilton heurte le mur et abandonne.

Hamilton et Button s’accrochent

Button passe par les stands pour vérifier sa voiture et repart en pneus intermédiaires. La voiture de sécurité entre en piste pour évacuer la McLaren d’Hamilton.

La course reprend et Button apprend qu’il a roulé trop vite dans la voie des stands. Il écope alors d’un drive-through qui l’oblige à repasser par les stands. Le peloton étant compact, il repart 15ème.

Button commence alors sa remontée mais des pluies torrentielles viennent perturber la course. Button est alors stoppé dans son élan quand la direction de course sort un drapeau rouge pour piste impraticable. Il est alors 10ème.

Drapeau rouge sur le circuit Gilles Villeneuve

La course repart quand la pluie s’est calmée et beaucoup de pilotes passent par les stands pour chausser des pneus intermédiaires. En sortant des stands, Alonso est immédiatement attaqué par Button. Les monoplaces se touchent, Alonso part en tête-à-queue et reste coincé sur un vibreur. La voiture de sécurité entre de nouveau en piste. Button rentre au stand, pneu arrière gauche crevé, il repart 21e et dernier à la fin du 37ème tour.

Voiture de sécurité une nouvelle fois en piste

La course reprend. Vettel est en tête devant Kobayashi et Massa. Button est revenu à la 10ème place au 49ème tour. La piste s’améliore et Button s’arrête pour la 6ème fois au stand pour chausser des pneus slicks. Au 56ème tour, Heidfeld percute Kobayashi à la sortie de la 1re chicane, ce qui entraine la sortie de la voiture de sécurité. Button est alors 4ème à seulement 3 secondes de Vettel grâce à la voiture de sécurité.

Button passe alors Webber suite à une erreur de l’Australien, puis passe Schumacher grâce à sa meilleure vitesse de pointe. Il est alors 2ème dans le dernier tour à 1 seconde de Vettel. Sous la pression et la fatigue, Vettel fait une erreur à l’entrée de la seconde chicane, et Button en profite pour passer et remporter son dixième Grand Prix en F1 après 4 heures et 4 minutes d’une rare intensité.

Button remporte la course la plus longue de l’histoire

Cette victoire est sans aucun doute la plus belle victoire de Button qui a réussi à échapper à deux collisions, à une pénalité et à des conditions changeantes tout au long de ce dimanche après-midi.

Ces 5 victoires font partie des plus beaux moments de la F1 et montrent qu’en sport automobile, rien n’est perdu tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie (Clark en sait quelque chose !). Si vous aussi vous avez été marqué par des remontées de pilotes, n’hésitesz pas à partager dans les commentaires ci-dessous.

Merci pour votre lecture !